Le président provincial de BDM Me Mavinga Mabanga s’exprime sur les consultations populaires au Kongo central

Le président provincial de BDM Me Mavinga Mabanga s’exprime sur les consultations populaires au Kongo central

En marge du lancement des consultations populaires en vue d’une justice transitionnelle au Kongo central par le ministre national des Droits humains, Me Mavinga Mabanga, président provincial de Bundu dia Mayala (BDM) parle des attentes de le parti politique de Ne Muanda Nsemi au centre de ces consultations. Entretien avec www.infobascongo.net.

Si les consultations populaires au Kongo central tournent autour de Bundu dia Kongo(BDK), ASBL confessionnelle (interdit de fonctionner par le gouvernement en 2008), c’est parce  qu’en octobre  2007, plusieurs des adeptes de ce mouvement ont été tué par les forces de défense et de sécurité. Cette situation fait partie du rapport Mapping des Nations Unies. Les mêmes force de l’ordre ont aussi tué d’autres militants de BDM, branche politique de BDK en 2017 à Kimpese, Songololo, Kisantu etc. La préoccupation de ces mouvements du leader Ne Muanda Nsemi est: le retour aux  valeurs Kongo, la réunification du Royaume Kongo, la défense des intérêts du peuple Kongo…Mavinga Mabanga s’exprime sur ces consultations populaires.  

Infobascongo(IBC) : Quel regard BDM a des consultations populaires au Kongo central ?

Mavinga Mabanga(M.M) : Nous sommes satisfaits de voir que le gouvernement fait des avancées significatives sur cette question qui a fait couler de l’encre et de la salive dans notre pays depuis des décennies. Et pendant très longtemps, cette question de massacre de Bundu dia Kongo, puisque nous sommes au Kongo central, a toujours été un tabou. C’est la première fois pour nous de voir le gouvernement à travers son ministère des Droits humains prendre pareille initiative, chercher à faire éclater la vérité de manière à ce que les auteurs de ces différentes exactions soient connus et dans la mesure du possible qu’ils soient poursuivis par la justice, et in fine, que les victimes de ces exactions bénéficient de la réparation de suite des tous préjudices subis par elles.

IBC : Les ONG des Droits de l’homme désignent les frustrations comme cause des massacres sur les adeptes de BDK, quelle lecture faites-vous de cette assertion ?

M.M : Lorsque je suivais le mot de la représentante du consortium des Organisations non gouvernementales des Droits de l’homme (ONGDH) du Kongo central, M? Cherine Luzaïsu, je me suis carrément retrouvé dans son allocution. J’ai eu l’impression que c’est nous qui étions en train de parler. C’est une façon de dire qu’elles ont bel et bien fait l’autopsie réelle de la situation. Ils ont évoqué les étiologies, c’est-à-dire les causes profondes de ce qui a amené les massacres au Kongo central, en l’occurrence les frustrations d’ordres sociopolitiques ressenties par la communauté Kongo en général et exprimées par les adeptes de BDK en particulier. BDK se comportait dans une certaine mesure comme le porte-voix, porte-parole de toute une communauté parce qu’évidemment après le coup d’État militaire du 24 novembre 1965 qui a vu le Lieutenant Colonel Mobutu évincer le feu Kasa Vubu, premier président de la RDC, d’originaire Kongo, un système rigoureux, de répression, d’exclusion avait été organisé à l’encontre de la communauté dont était originaire le président Kasa Vubu en l’espèce la communauté Kongo. Comme Kasa Vubu beaucoup de nationalistes Kongo avaient été maltraités, réprimés par le régime de Mobutu. Ces ONGDH ont toujours été là pour nous accompagner en cette lutte qui est commune, la lutte pour le bien-être de tous les Congolais en général, des BaKongo en particulier, la lutte contre les discriminations sociopolitiques parce que la Constitution garantit l’égalité de tous les citoyens devant loi, et cette égalité, dignité et en droit. C’est tout ce que nous avons toujours revendiqué. Malheureusement, on a été victime du traitement discriminatoire, de la politique de deux poids et deux mesures ».

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IBC : Que faut-il pour que ces frustrations prenne fin ?

M.M : Dans un premier temps, il faudrait que la vérité éclate au grand jour. C’est ce que le ministre a su faire à sa manière. Nous saluons le courage de ce membre du gouvernement qui vient ici apporter une innovation de taille, de reconnaître la culpabilité de l’État congolais. C’est comme cela qu’il faut le dire parce que tous ces crimes graves ont été commis au nom de l’État congolais et sur injonction du plus haut responsable en l’occurrence la présidence de la République. J’essaie déjà d’anticiper sur les responsabilités. Nous avons suivons le théâtre des événements par exemple relatif au massacre des adeptes de BDK en 2008 – ce qui fait rebond sur la surface aujourd’hui avec le fameux procès des assassinats de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, on ne fait que citer le président Joseph Kabila comme le donneur d’ordre sur l’élimination directe de Floribert Chebeya et son beau-frère Fidèle Bazana, chauffeur en l’occurrence. C’était aussi lui le donneur d’ordre pour qu’il ait effectivement massacre des adeptes de BDK. C’est donc au plus haut point de l’État congolais.

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IBC : Le ministre des Droits humains a demandé pardon pour les différents crimes perpétrés sur les adeptes de BDK et militants de BDM. Ce pardon a-t-il été accepté par vous ?

M.M : Je crois que nous sommes mal placés pour dire que le pardon a été accepté par nous ou non, parce que personnellement, j’ai relevé que le pardon a été adressé plutôt à l’autorité coutumière. Nous nous retrouvons en cette autorité coutumière. Nous ne voulons pas ici politiser du tout la démarche telle qu’initiée par le ministre mais je crois que l’autorité coutumière à travers, le secrétaire général de leur structure, a répondu directement au ministre. C’est un signe vraiment fort, pathétique et significatif accompli par un ministre en fonction. Nous ne pouvons pas être inaccessibles ou indifférents à ce symbole là. Même si nous aurons voulu que la question là du pardon soit directement adressée aux victimes, ça allait nous impliquer davantage.

IBC : Certaines personnes estiment aussi BDK avait commis des fautes, comme se substituer à l’Etat, en tuant par exemple à Luozi. Qu’en pensez-vous ?

M.M : La lutte de BDK est une lutte non violente. Il y en a certes quelques dérapages qu’on peut  mentionner, vers le passé en 2008 mais je crois aussi, par rapport à cela il y a plus de peur que de mal. C’est-à-dire, du côté de l’État qui utilisait comme procédé la machination politique, l’instrumentalisation, l’intoxication ou la désinformation. Il y avait des montages. Il fallait accuser son chien de rage pour pouvoir le noyer, il fallait à tout prix dire que BDK avait tiré, on peut dire oui. Dans le passé quelques cas d’exactions parce qu’on ne peut pas aujourd’hui taire toute la vérité. Le combat de BDK, c’est un noble combat parce que nous avons toujours milité pour l’avènement du fédéralisme dans notre pays.

IBC : Quelles chances accordez-vous à la justice transitionnelle en RDC ?

M.M : Nous voudrions que ce processus puisse marcher. J’ai suivi les déclarations des uns et des autres, beaucoup ont dit que c’est quelque chose de nouveau dans notre pays, il est vrai mais c’est aussi relatif parce qu’au terme de la Constitution dite de Sun City, il y avait déjà été institué des institutions d’appui à la démocratie. Parmi ces institutions, il y avait ce qu’on appelait déjà, la commission vérité et réconciliation.

Le message, s’il faut le dire ainsi, c’est un message d’apaisement, de soulagement. Nous devons nous sentir soulagé qu’aujourd’hui un mécanisme assez important, gigantesque comme celui des consultations populaires sur la justice transitionnelle soit lancé sur toute l’étendue nationale et piloté par un digne fils Kongo. Ce n’est qu’un accident de circonstances mais je crois que c’est aussi une raison pour nous sentir en confiance et faire aussi confiance ou différents acteurs qui vont travailler là dessus.

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